moruzzi mauro100Mauro Moruzzi: La Suisse a été présente lors des trois derniers sommets des jeunes de l'Alliance du Pacifique

— Interview à l'Ambassadeur Mauro Moruzzi, Chef de la division Relations internationales du Secrétariat d'État à la formation, à la recherche et à l'innovation (SEFRI), par Pedro Roig Aparicio, Luis Vélez-Serrano y Leonardo Winzap del CO del IVP, agosto 2018. Le SEFRI/SBFI sera représenté lors du IV Pódium par Cecilia Neyroud.

 

— Quels sont les changements qualitatifs et quantitatifs majeurs, ces dernières années, en ce qui concerne les relations bilatérales dans le domaine de la formation, de la recherche et de l’innovation, entre la Suisse et les pays d'Amérique latine? Et plus précisément avec le Chili, Colombie, Mexique et le Pérou?

— La collaboration entre les chercheurs suisses et les chercheurs des pays latino-américains se fait principalement de manière bottom-up, c’est-à-dire qu’elle résulte la plupart du temps de contacts directs préalables entre chercheurs. Comme il y a une grande communauté scientifique d’origine latino-américaine en Suisse, de nombreuses collaborations sont facilitées par le facteur humain. Les instruments mis en place par l’Université de St-Gall, en tant que Leading House pour l’Amérique latine, connaissent un vif intérêt.

En termes quantitatifs, le Brésil est le premier partenaire de la Suisse dans le continent sud-américain, suivi par l’Argentine. Récemment, on a observé un intérêt croissant de la part de la communauté scientifique suisse à collaborer avec des collègues colombiens. Cet intérêt se manifeste aussi au niveau des étudiants.

Par ailleurs, le domaine de la formation professionnelle est une thématique qui intéresse de plus en plus nos partenaires étrangers. Une lettre d’intention a été signée avec le Mexique en novembre 2016 à ce sujet, et il existe, depuis, un dialogue et un échange d’informations. La Suisse a également été présente lors des trois derniers sommets des jeunes de l’Alliance du Pacifique afin de présenter le système suisse de formation professionnelle.

 

— Est-ce que l'EPFL est toujours Leading House en même temps que l’Université de Saint-Gall? À quelle fréquence changent-elles?

— L’EPFL a été Leading House pour l’Amérique latine pour la période 2013-2016. Pour la période 2017-2020, le mandat de Leading House a été attribué à l’Université de St-Gall (HSG), qui possède une grande expertise pour la région via son Centro Latinoamericano-Suizo. Les mandats attribués par le SEFRI aux Leading Houses sont d’une durée de quatre ans.

 

— Le fonds Seed Money est-il toujours opérationnel?

— L’instrument Seed Money Grants a été reconduit par la HSG. Le dernier appel à projets a eu lieu en juin 2018 et la sélection des projets aura lieu cet automne. Le site Internet de la Leading House HSG est mis à jour régulièrement et répertorie les appels à projets ainsi que les questions fréquemment posées. Je suggère donc aux chercheurs intéressés de le consulter directement pour obtenir toutes les informations nécessaires.

 

— Les relations de la Suisse avec l'Alliance du Pacifique d'une part, et d'autre part, avec le Mercosur (dernier voyage de M. le Conseiller
Johann Schneider-Ammann) en matière de science, technologie et innovation, en quoi sont-elles similaires et / ou différentes?

— Les instruments à disposition pour le financement de projets de recherche par la Leading House sont les mêmes pour tous les pays d’Amérique latine. Cependant, en termes de volume de collaborations, ce sont le Brésil et l’Argentine qui sont les partenaires les plus importants de la Suisse, comme évoqué plus haut et pour des raisons historiques. Cela s’est notamment traduit par des appels à projets conjoints entre le Fonds national suisse d’une part, et l’organisme de financement partenaire au Brésil et en Argentine d’autre part.

Le voyage du Conseiller fédéral dans les pays du Mercosur au printemps dernier a permis à la délégation scientifique qui l’accompagnait de créer de premiers contacts avec des représentants au Paraguay et en Uruguay.


Avec les pays de l’Alliance du Pacifique, le volume de collaboration est pour l’instant plus modeste mais cela pourrait changer dans les années à venir. Le fait que la situation politique de la Colombie se soit stabilisée, par exemple, a mené à un intérêt croissant de la part de la communauté scientifique suisse pour collaborer avec des collègues colombiens. Avec le Mexique, un dialogue prometteur existe dans le domaine de la formation professionnelle. La coopération avec le Chili et le Pérou est plus modeste.

 

— Le gouvernement suisse a des relations avec les gouvernements et aussi avec les ambassades latino-américaines. Quelles relations a-t-il avec les universités directement?

— Le gouvernement suisse en tant que tel n’a pas de relations directes avec les universités latino-américaines. Son rôle est de soutenir les efforts d’internationalisation des hautes écoles suisses et de positionner la Suisse dans son ensemble comme nation de pointe dans les domaines de la formation, de la recherche et de l’innovation (FRI). Pour ce faire, il accorde une grande importance aux conditions-cadres qui facilitent la coopération internationale. De plus, les hautes écoles suisses jouissent d’une grande autonomie, et il leur appartient donc de nouer des partenariats avec des universités à l’étranger. En d’autres termes, le rôle du gouvernement est subsidiaire; il se veut avant tout facilitateur.

 

— Pouvez-vous citer quelques exemples de coopération scientifique réussie avec l'Amérique latine? Il y-a-il aussi eu des échecs?

— De manière générale, les pays latino-américains sont très enclins à collaborer avec la Suisse dans le domaine FRI. Si je devais citer un exemple de réussite, le programme Academia-Industry Training, qui soutient les jeunes chercheurs dans leur effort de lancer une start-up, et géré notamment par swissnex Brazil et financé en partie par le Ministère brésilien de la Science, de la Technologie, de l’Innovation et des Communications (MCTIC) fonctionne très bien, à la satisfaction de tous les partenaires. Les appels à projets conjoints lancés avec l’Argentine et le Brésil sont un autre exemple. Toutefois, l’on a pu constater par le passé que les contraintes budgétaires de nos partenaires étrangers pouvaient porter préjudice à la coopération. Cela a notamment été le cas avec le Brésil. Je ne parlerais cependant pas d’échec; nous essayons plutôt d’apprendre de nos expériences et pouvons, la plupart du temps, trouver des solutions avec nos partenaires étrangers si la volonté politique de coopérer existe. Enfin, le système de Leading House que nous avons mis en place a fait ses preuves pour promouvoir la collaboration bilatérale entre la Suisse et l’Amérique latine. Plusieurs instruments de financement sont à disposition pour des projets de recherche conjoints.

 

— Quels sont les points forts de la coopération Suisse-Amérique latine (plus concrètement Chili, Colombie, Mexique et Pérou) actuellement et quelles perspectives y a-t-il pour l’avenir à court terme?

A court terme, il me semble que les questions en lien avec l’innovation et avec la formation professionnelle vont être des sujets qui intéresseront particulièrement nos partenaires étrangers. Dans ce sens, il s’agit avant tout d’un échange d’information sur le fonctionnement du système suisse. En ce qui concerne la recherche, je crois que les instruments que la Suisse met à disposition pour encourager la coopération bilatérale restent tout à fait adaptés (bourses d’excellence de la Confédération suisse pour chercheurs et artistes étrangers; instruments de la Leading House et du Fonds national suisse, pour ne citer qu’eux).

— Merci pour l'interview M. l'Ambassadeur Moruzzi!

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El Embajador Mauro Moruzzi con el ministro brasileño de Ciencia, Tecnología e Innovación, Gilberto Kassab en abril 2018 (Brasilia). Brasil es uno de los países con mayores relaciones con Suiza en materia de ciencia tecnolocía e innovación.


 

Por cortesía de SBFI/SEFRI publicamos la «Stratégie internationale de la Suisse dans le domaine de la formation, la recherche et innovation. Stratégie du Conseil fédérale (Berne, juillet 2018):

Stratégie internationale de la Suisse (document PDF) ...